L'objectif d'un préparateur mental n'est pas que tu reviennes le voir toute ta carrière. C'est que tu n'aies plus besoin de lui.
C'est une position un peu inconfortable commercialement. C'est pourtant la seule qui tienne, parce qu'un sportif qui dépend de quelqu'un d'autre pour être dans le bon état n'est pas préparé. Il est assisté.
Quatre étapes, toujours dans le même ordre
Tout ce que je fais tient en quatre mouvements. Ce sont les quatre lettres de la méthode que j'utilise : AURA (analyser, utiliser, réguler, agir).
ANALYSER : Comprendre ce qui se passe réellement. Pas ce que tu crois qu'il se passe, ce qui se passe. Quel moment précis, quel déclencheur, quelle réaction, quelle conséquence sur ton jeu. Tant que c'est flou, tout le reste est du bricolage.
UTILISER : Se servir de ce qui est déjà là. Ton activation, tes émotions, ton expérience passée, y compris tes défaites. Rien n'est à supprimer, tout est à réorienter.
REGULER : Agir sur ton état pour le ramener dans une zone où tu es capable de jouer. Respiration, attention, reset entre les points.
AGIR : Passer à l'exécution, même imparfaite, parce que c'est le seul endroit où les choses se vérifient.
L'ordre compte. Beaucoup de gens commencent par réguler, parce que c'est là que sont les techniques visibles. Ils appliquent des outils sur un problème qu'ils n'ont jamais analysé. Ça ne tient pas.
Commencer par un seul chose
Voilà la vraie difficulté quand on démarre seul : on veut tout traiter en même temps.
Choisis un seul point. Le plus gênant, celui qui revient le plus souvent. Un seul, pendant plusieurs semaines.
Tu vas trouver ça lent. C'est pourtant la seule façon de savoir ce qui produit un effet. Si tu changes cinq choses à la fois et que ça va mieux, tu ne sauras jamais laquelle a marché, et tu ne pourras pas la reproduire.
Tenir un carnet, sérieusement
C'est le point que tout le monde saute, et c'est celui qui fait la différence.
Après chaque compétition, trois lignes. Ce que tu avais décidé de faire. Ce que tu as réellement fait. Ce que tu as observé.
Pas d'analyse à chaud, pas de jugement sur toi. Des faits.
Au bout de deux mois, tu as quelque chose qu'aucun conseil extérieur ne peut remplacer : tes propres données. Tu sais dans quelles situations tu décroches, à quel moment du match, contre quel type de profil. Et là, tu deviens capable de t'ajuster seul.
Tester comme on teste un entraînement
Traite chaque outil comme une hypothèse.
Tu poses une action précise, tu la testes sur trois compétitions, tu compares avec ton carnet, tu gardes ou tu jettes.
Ça évite deux écueils symétriques. Adopter une méthode parce qu'elle est à la mode, et l'abandonner après un seul mauvais match. Trois essais, c'est le minimum pour que ça veuille dire quelque chose.
Ce que tu ne pourras pas faire seul
Il faut être honnête sur les limites.
Tu peux très bien mener seul le travail sur l'attention, la routine, les objectifs, le rapport à l'erreur.
C'est plus difficile quand le sujet touche à des choses anciennes, à ton histoire, à une souffrance qui déborde du cadre sportif. Là, un regard extérieur devient utile, et parfois c'est un professionnel de santé qu'il faut aller voir, pas un préparateur mental. Savoir faire cette différence fait partie du métier.
Ce n'est ni ton classement, ni le fait de te sentir bien avant les matchs.
C'est ta capacité à reconnaître ce qui se passe, à savoir quoi faire, et à le faire. Y compris les jours où tu te sens mal.
Un sportif préparé n'est pas un sportif serein. C'est un sportif qui sait ce qui lui arrive et qui a un plan.
Le sujet complet est traité dans le huitième livret, AURA 08, Devenir son propre préparateur mental : la méthode dans son ensemble, et comment la conduire seul.
Devenir autonome dans son mental : livret AURA 08
Guillaume Leray, préparateur mental à Caen et en Normandie.
Ajouter un commentaire
Commentaires