Gérer ses émotions

Publié le 30 août 2026 à 17:30

Tu perds un point stupide. La colère monte. Tu serres les dents, tu fais comme si de rien n'était, tu retournes à ta place le visage fermé. Et pendant les trois points suivants, tu joues à côté.

 

Ce n'est pas la colère qui t'a fait perdre ces trois points. C'est l'énergie que tu as dépensée à la cacher.

 

Retenir une émotion coûte cher

Il existe deux grandes façons de gérer ce qui monte.

La première consiste à agir sur l'expression : tu ressens, et tu empêches que ça se voie. C'est ce que font la plupart des sportifs, parce que c'est ce qu'on leur a appris. Reste calme. Ne montre rien.

Le problème, c'est que ça ne réduit pas le ressenti. Tu es toujours aussi en colère, tu es simplement en train de la contenir. Et cet effort mobilise exactement les ressources dont tu as besoin pour jouer : l'attention, la mémoire de travail, la capacité de décision.

Tu paies deux fois. L'émotion est toujours là, et tu as moins de moyens pour jouer.

 

Le seconde façon agit en amont

L'autre approche consiste à intervenir plus tôt, sur la lecture que tu fais de la situation.

Une émotion ne naît pas de l'événement. Elle naît de ce que l'événement signifie pour toi. Perdre un point ne déclenche rien en soi. Perdre un point en se disant « ça recommence, je vais encore craquer » déclenche beaucoup.

Si tu changes la lecture, tu changes l'émotion à la source. Et ça, contrairement à la retenue, ne coûte presque rien pendant l'action.

 

Ce n'est pas de la pensée positive

Il ne s'agit pas de se raconter que tout va bien. Ton cerveau n'est pas dupe et une lecture fausse ne tient pas trois points.

Il s'agit de choisir une lecture qui soit à la fois vraie et utilisable.

« Ce n'est pas grave » est souvent faux, donc inefficace. « J'ai perdu ce point parce que je me suis précipité, le suivant je prends mon temps » est vrai et actionnable. Même situation, deux états très différents derrière.

 

Le moment compte autant que la méthode

Plus tu interviens tôt, moins ça coûte.

 

Une émotion suit une pente. Au départ, une réaction discrète que tu peux encore infléchir facilement. Quelques secondes plus tard, une vague que tu ne peux plus que subir.

Le travail consiste donc à repérer tes signaux d'amorce. Chez certains c'est la mâchoire, chez d'autres le débit de parole intérieure qui s'accélère, chez d'autres la précipitation entre les points. Tu as le tien. Tant que tu ne l'as pas identifié, tu interviens toujours trop tard.

 

 

Le reset entre deux points

C'est l'outil le plus concret, et le plus négligé.

Entre deux points, tu as quelques secondes. La plupart des joueurs les utilisent à ruminer le point précédent. C'est exactement le pire usage possible, parce que tu entres dans le point suivant avec l'état du point d'avant.

Installe une séquence courte, toujours identique. Une action physique qui marque la coupure, un souffle expiré plus long que l'inspiration, une intention pour le point qui vient. Dix secondes suffisent.

Ce n'est pas un rituel de superstition. C'est une frontière que tu poses entre deux points, pour que le mauvais ne contamine pas le suivant.

 

Et après une défaite

C'est la même logique, à une autre échelle.

La question n'est pas de ne rien ressentir. Une défaite qui ne fait rien du tout est le signe que tu n'y étais pas vraiment. La question est de ne pas laisser l'émotion écrire l'analyse.

Alors laisse passer. Un jour, deux jours. Puis reviens dessus quand la charge est retombée, et pas avant. Ce que tu écris à chaud est presque toujours faux, et beaucoup trop sévère.

 

Le sujet complet est traité dans le quatrième livret, AURA 04, Reprendre le contrôle: mécanismes émotionnels, régulation et outils de reset.

Gérer ses émotions en compétition : livret AURA 04

Guillaume Leray, préparateur mental à Caen et en Normandie.

 

 

 

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