On te dit « concentre-toi » depuis que tu as huit ans. Personne ne t'a jamais expliqué sur quoi.
C'est pourtant toute la question. La concentration n'est pas une intensité, c'est une direction. Se concentrer plus fort sur la mauvaise chose ne fait qu'aggraver le problème.
L'attention a un coût et une limite
Tu ne peux pas tout suivre en même temps. Ta capacité d'attention est limitée, et chaque chose que tu surveilles consomme une part de cette ressource.
Quand tu es en train de penser au score, à l'adversaire, à ton geste, à ce que pense ton entraîneur et à ce que tu vas dire après le match, il ne reste plus grand-chose pour jouer.
Le travail n'est donc pas d'augmenter la puissance. C'est de réduire le nombre de choses branchées en même temps.
Le piège du geste surveillé
Voici le point le plus contre-intuitif, et le plus important.
Quand tu concentres ton attention sur ton propre mouvement, tu le dégrades. Penser à ton coude, à ton appui, à la trajectoire de ton bras pendant que tu exécutes un geste automatisé, c'est reprendre le contrôle manuel d'un système qui fonctionnait mieux sans toi.
C'est exactement ce qui se passe quand l'enjeu monte : tu veux tellement bien faire que tu te mets à surveiller ton geste. Et il casse.
L'attention doit se porter à l'extérieur : sur la cible, sur l'effet que tu veux produire, sur la balle, sur l'espace. Pas sur toi.
Cette différence a l'air anodine. Elle change tout dans la qualité d'exécution, et elle se vérifie très facilement à l'entraînement.
Ce que tu ne peux pas penser
Autre piège classique : les consignes en négatif.
« Ne rate pas ce service. » « Ne joue pas dans le filet. » Pour traiter ces phrases, ton cerveau doit d'abord se représenter la chose à éviter. Tu viens donc de te programmer précisément l'image dont tu ne voulais pas.
Formule toujours en positif, et toujours en action. Pas « ne pas rater », mais « long sur le revers ». Ton attention a besoin d'une cible, pas d'une interdiction.
La concentration ne se tient pas en continu
C'est une idée fausse et épuisante. Personne ne reste concentré du premier au dernier point.
L'attention fonctionne par cycles. Elle monte, elle tient, elle redescend. Un joueur expérimenté ne se concentre pas plus longtemps, il se concentre au bon moment et relâche entre les temps forts.
Apprends donc à alterner. Un temps d'attention pleine pendant l'échange, un temps de relâchement volontaire entre les points. Si tu tiens la tension en continu, tu seras vide au troisième set.
Ce qui te fais vraiment décrocher
Ce ne sont presque jamais les bruits, le public ou l'adversaire. C'est ton propre commentaire intérieur.
Le décrochage suit toujours le même chemin : une pensée sur le passé, une pensée sur le futur, et tu n'es plus dans le point. « J'aurais dû prendre ce point. » « S'il gagne celui-là, il revient. »
Le retour se fait par un point d'ancrage sensoriel, toujours le même. Quelque chose que tu peux voir ou sentir immédiatement. La balle dans ta main. Tes appuis au sol. Le contact de la raquette. Un seul, choisi à l'avance, sinon tu passeras ton match à en chercher un.
Un exercice simple pour cette semaine
À l'entraînement, joue une série entière avec une seule consigne externe, la même pour tous les points. Une cible, un effet, une zone.
Note ensuite combien de fois tu as décroché, et vers quoi tu es parti. Le passé ou le futur.
Tu obtiens en une séance une cartographie de ton attention plus utile que 10 conseils généraux.
Le sujet complet est traité dans le cinquième livret, AURA 05, Entrer dans sa zone: direction de l'attention, automatismes et retour au geste juste.
Améliorer sa concentration : livret AURA 05
Guillaume Leray, préparateur mental à Caen et en Normandie.
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